Fondée à Paris en 1775 par Abraham-Louis Breguet, la maison Breguet est à l'origine de certaines des innovations les plus fondamentales de l'histoire horlogère : le tourbillon, le spiral Breguet, les aiguilles « pomme évidée », le pare-chocs, ou encore l'application pionnière du guilloché aux cadrans de montres dès 1786 – une technique décorative qui existait depuis des siècles en ébénisterie, mais dont Breguet fut le premier à exploiter les qualités fonctionnelles et esthétiques en horlogerie, l'élevant au rang d'art.
Dans les années 1950, la manufacture concentre l'essentiel de ses efforts sur la production des chronographes Type XX destinés aux aviateurs militaires français. La fabrication de montres habillées est alors réduite à un très petit nombre de pièces, réalisées sur commande – ce qui confère aux rares exemplaires civils de cette époque un caractère exceptionnel. Parmi ces montres habillées, les modèles dits « Empire » – ainsi nommés pour leur boîtier à carrure cannelée et leur esthétique directement héritée des montres de poche de l'époque d'Abraham-Louis Breguet – occupent une place à part. Produits sur plusieurs décennies, des années 1950 aux années 1970, les Empires sont aujourd'hui extrêmement recherchées par les collectionneurs. Chaque exemplaire, réalisé de manière quasi artisanale et en quantités infimes, présente de subtiles variations qui rendent chaque montre unique ou presque.
L'exemplaire que nous avons le plaisir de proposer, le nº1514, est une montre-bracelet « Empire » en or jaune 18 carats de 35 mm de diamètre, vendue le 9 mai 1957 à Monsieur Langlois-Berthelot pour la somme de 120 000 francs, selon l'Extrait des Archives de la maison Breguet. Il s'agit d'un exemplaire particulièrement précoce dans la production de ce modèle, ce qui se traduit notamment dans le style du cadran.
Le boîtier présente une carrure cannelée (« coin edge ») – ce motif de godrons finement ciselés sur le pourtour est l'une des signatures les plus reconnaissables de la maison, directement hérité des montres de poche d'Abraham-Louis Breguet. Les anses droites soudées, d'une grande finesse, confèrent à la montre un profil élégant et assurément « vintage » au poignet. Le fond plein porte le numéro de la montre. Les poinçons sont nets. Le verre plexiglas bombé en dôme participe du charme et de la « chaleur » que dégage cette montre au poignet.
Le cadran en argent guilloché de style « Vieux Breguet » est d'une beauté saisissante et conserve toutes ses inscriptions gravées-émaillées. Le motif pointe diamant/clou de Paris, réalisé au tour à guillocher, recouvre la partie centrale du cadran avec une parfaite régularité. Le chapitre extérieur porte des chiffres romains et une minuterie perlée. Le sous-compteur des petites secondes à 6 heures se distingue par une configuration rare : contrairement à la majorité des cadrans Empire où un second anneau de pointillés concentriques entoure le compteur, notre exemplaire présente un guillochage qui se poursuit de manière continue jusqu'au centre du sous-cadran, encadré simplement par le chapitre chiffré et un cercle intérieur net – une exécution plus épurée, caractéristique des exemplaires les plus anciens de la série et fidèle à l'esthétique des montres de souscription historiques de la maison. Les aiguilles « pomme évidée » – ou aiguilles Breguet – or, dessinées par Abraham-Louis Breguet lui-même en 1783, parachèvent un cadran qui incarne plus de deux siècles de tradition.
Au cœur de la montre bat l'illustre calibre Peseux 260 – l'un des mouvements chronomètres les plus remarquables du 20ème siècle. Produit à seulement environ 3 300 exemplaires entre 1944 et 1967, le Cal. 260 a été conçu spécifiquement pour les concours de chronomètres d'observatoire de Genève et de Neuchâtel, les épreuves de précision les plus exigeantes de l'horlogerie suisse. Son calibre de 13 lignes, sa fréquence de 18 000 alternances par heure et son balancier à vis en font un mouvement d'une précision exceptionnelle. Breguet, comme d'autres grandes maisons, a choisi cette ébauche d'exception pour habiller ses plus belles créations. Le mouvement de notre exemplaire, également numéroté 1514, présente une finition particulièrement soignée avec Côtes de Genève et perlage. Entièrement révisé par l'un de nos horlogers expérimentés, il fonctionne parfaitement.
La montre est présentée sur un bracelet en cuir Hermès de couleur gold avec surpiqûres écrues contrastantes – un choix qui souligne le caractère résolument français de cette Breguet –, associé à une boucle ardillon Breguet en or jaune, fabriquée par les ateliers de Roland-Gilbert Gaschen (poinçon GRG) et importée en France avant 1990 (poinçon de charançon à gauche dans un cadre ovale) par Chaumet (poinçon JC à l’étoile et au croissant de Joseph Chaumet). Elle est accompagnée de son Extrait des Archives Breguet, certifié conforme aux livres de l'époque et signé par Emmanuel Breguet, conservateur des archives de la maison.
Pour le collectionneur averti, cette Breguet Empire n°1514 réunit tout ce qui fait la grandeur de la maison parisienne : un cadran guilloché d'une finesse rare dans une configuration inhabituelle propre aux exemplaires les plus anciens, un boîtier cannelé fidèle à la tradition, un mouvement de concours légendaire, et une confirmation de sa configuration permise par l'Extrait des Registres. Dans un contexte où les montres-bracelets Breguet du 20ème siècle sont de plus en plus activement recherchés par les collectionneurs avertis, l'opportunité d'acquérir un exemplaire aussi précoce et en si bel état est devenue véritablement exceptionnelle.