En 1955, à la demande de la Pan American World Airways, Rolex présente la GMT-Master : une Oyster dotée d’une quatrième aiguille effectuant un tour de cadran en 24 heures et d’une lunette tournante graduée, qui permet aux équipages de lire d’un seul coup d’œil l’heure de deux fuseaux horaires – la montre de l’ère naissante du jet. La première référence, la 6542, porte une lunette en bakélite aussi belle que fragile. En 1959, la référence 1675 lui succède avec un insert en aluminium anodisé et, nouveauté, des protège-couronnes ; elle est produite, sous différentes formes, jusqu’en 1980 – l’une des plus longues carrières du catalogue Rolex.
Ce sont ses toutes premières années qui passionnent le plus les collectionneurs. Jusque vers 1964, le boîtier Oyster de 40 mm reçoit des protège-couronnes pointus – les « Pointed Crown Guards », ou « Cornino » chez les collectionneurs italiens – et des cornes aux chanfreins larges. Le cadran est alors « Gilt », ou laqué : ses inscriptions dorées, obtenues par galvanoplastie, affleurent sous une laque noire profonde et brillante, un procédé que Rolex abandonne vers 1966-1967 au profit des cadrans mats à impressions blanches. Les premiers de ces cadrans laqués enserrent la minuterie dans un anneau fermé, le « Chapter Ring », qui disparaît vers 1963. Sous le cadran bat le calibre 1565, version GMT du calibre 1560 introduit en 1959 : 26 rubis, 18 000 alternances par heure, balancier à écrous Microstella, spiral Breguet, rotor ajouré « papillon » et roues d’inversion rouges, certifié chronomètre – la mention « Superlative Chronometer Officially Certified » apparaît avec lui, vers 1960. Il cède la place au calibre 1575 en 1965.
Parmi ces premières 1675 se glisse une variante recherchée entre toutes : le cadran à « point d’exclamation ». Vers 1962-1963, Rolex ajoute un minuscule point luminescent sous l’index rectangulaire à 6 heures, qui forme avec lui un point d’exclamation. La communauté des collectionneurs s’accorde à y voir la marque d’une matière luminescente à teneur en radium réduite – avant que les mentions « T » ne consacrent, à partir de 1964, le passage au tritium. On ne le rencontre que sur les cadrans à « Chapter Ring » de deuxième et de troisième type, dans une plage de numéros de série comprise entre 62xxxx et 990xxx.
Notre exemplaire, dont le numéro de série 875xxx situe la production en 1963, réunit tous ces attributs. Le cadran laqué noir, du troisième type de la nomenclature des collectionneurs, porte son point d’exclamation sous l’index de 6 heures, la mention « SWISS » seule et la minuterie fermée. Sa laque est en très bel état, d’un noir profond, ses inscriptions dorées intactes ; la matière luminescente des index, d’origine, a viré vers un crème chaleureux et homogène. Les aiguilles Mercedes complètent idéalement l’ensemble et la petite aiguille 24 heures rouge, à la pointe fine, est celle des premières années de la référence. Le superbe insert « Pepsi » en aluminium est du premier type, au large triangle à 12 heures – la variante précise, et particulièrement rare, que la communauté des collectionneurs recherche sur une 1675 laquée du début des années 1960 – et ses couleurs se sont éclaircies (« Faded ») de façon remarquablement homogène, sans le moindre manque, le rouge vers un brun rosé, le bleu entre jean et prune.
Le boîtier est bien préservé : les protège-couronnes pointus ont gardé leur dessin, les chanfreins des cornes sont encore beaux et larges, et les gravures entre les anses – référence à 12 heures, numéro de série à 6 heures – demeurent parfaitement lisibles. À l’intérieur, le fond vissé est frappé « 1675 » et daté du premier trimestre 1961 : les fonds étaient gravés par lots, en avance sur les carrures, et l’écart n’a rien d’inhabituel sur ces séries. La couronne Twinlock vissée est là aussi cohérente. Le disque de date, à chiffres ouverts, montre quelques manques de peinture sur certains chiffres. Le calibre 1565 a été entièrement révisé par l’un de nos horlogers expérimentés et fonctionne suivant les tolérances les plus strictes.
Le bracelet Rolex Jubilee en acier, référence 6251H à mailles pliées, attaches 55, porte le code boucle 2/69 (production au deuxième trimestre 1969) : postérieur de quelques années à la montre, comme c’est souvent le cas sur ces références, il est particulièrement long – il conviendra même aux poignets les plus forts – et préservé en état remarquable. La montre est accompagnée de notre Carte de Garantie en acier.
Protège-couronnes pointus, cadran laqué à « Chapter Ring » et point d’exclamation, petite aiguille rouge, calibre 1565, rare et sublime insert Pepsi à triangle large : cette GMT-Master 1675 de 1963 est, à nos yeux, la 1675 des collectionneurs dans sa configuration la plus pure – une pièce de collection au sens plein, dont les amateurs avertis mesureront toute la rareté.